jeudi 19 décembre 2013

Al Hisan



Je suis le beau, le grand, le prince racé des steppes et des déserts. Je suis le maître incontesté d’un territoire immense. J’éclabousse de blanc tout l’univers entier. Mes sabots claquent au vent le bruit de ma beauté. Je suis le très beau, le très grand.

Et non ce prisonnier entravé de cordes, cette nuque courbée tout engluée de boue. L’homme par traîtrise s’est emparé de mon corps. Malgré un long combat, ma fougue et mes ruades, je n’ai pu résister à sa lâcheté. Moi le fier et le puissant, je suis vaincu.

Se croyant fort et maître de l’univers, il cherche à me dominer, à me diriger et à me mener dans son monde. Quelle vie pitoyable que tout cela! Étriquée et mesquine. L’homme ne sait que prendre pour tout réduire à lui-même. A très peu de choses finalement. Il n’est que peur et voracité bestiale.

Mais s’il s’est emparé de mon corps, jamais il n’atteindra mon âme. Je suis le grand, le beau, le fier et le puissant. Je suis le prince blanc de mon destin. Je ferme les yeux et retrouve aussitôt ces vastes territoires, où tel un oiseau du désert, je file à la vitesse du vent. Moi l’intrépide, le galopeur des horizons, je suis à nouveau l’insaisissable, le très beau, le très grand.

Le blanc de mon pelage claque dans ce paysage de couleurs chaudes. Ce voyage est un chemin d’attente, d’espérance et de vie. Alors j’ouvre les yeux et m’offre à la lune pour qu’elle recouvre mon corps d’un noir de nuit, d’un noir de mort. Je regarde scintiller autour d’elle ce creuset d’étoiles qui me verra mourir au petit matin.

Oui partir et n’être plus. L’homme ne mérite pas mieux.

Je suis l’unique, le prince blanc, le très beau, le très grand.


(C) Philippe BESSE